Interview de Gnamien Konan dans "Le Quotidien" du Mardi 30 novembre 2008

Cela fait des mois que vous avez annoncé votre candidature à la présidentielle du 30 novembre. Est-ce que cet engouement qui a poussé à entrer dans l’arène politique de façon fracassante existe toujours ?
Je voudrais d’abord vous remercier de me donner l’opportunité de parler à vos lecteurs. A mon niveau, la détermination est intacte. Certainement dans une telle aventure comme celle-ci, il y a des hauts et des bas. Mes amis et moi nous nous rendons compte que ce projet est loin d’être facile. Vous avez parlé de 30 novembre, mais aujourd’hui quand vous écoutez les Ivoiriens et les responsables du processus, on a du mal à pronostiquer une date pour la prochaine élection présidentielle. Ce manque de visibilité agit sur l’enthousiasme des militants sûrement pressés d’en découdre. En plus, il faut l’avouer les moyens nous font terriblement défaut. Ici le soutient demeure encore morale.
A vous entendre, on n’a l’impression que vous n’avez pas bien perçu le terrain avant de vous engager dans le marigot politique ?
A vrai dire, je ne me suis jamais préoccupé de la couleur de l’eau et de la taille des reptiles qui y sont. Ma seule préoccupation c’est d’offrir aux ivoiriens une alternative pour la paix, la gouvernance et le développement économique. Mais je n’ai pas prévu des élections en 2009 ou en 2010.
Est-ce que vous avez aussi prévu les moyens sur tout ce long terme ?
Ni sur le long terme ni sur le court terme. J’ai compté et je compte toujours sur la bonne volonté des nombreux Ivoiriens qui souhaitent une autre Côte d’Ivoire pour leurs enfants. Je veux éviter à mon pays la guerre de l’emploi. Quatre millions de jeunes chômeurs aujourd’hui. Si nous ne changeons pas dès maintenant de mentalité, de vision et de comportement dans cinq ans il sera peut être trop tard. Il nous faut ici et maintenant un changement à 180 degré. Nous en avons les moyens. Point besoin de ressusciter des morts.
Au regard de tout ce que vous venez d’évoquer plus haut, est-ce qu’il est erroné de dire que Gnamien Konan est un politicien de circonstance ?
Je ne suis pas un politicien. Ce que j’ai appris à faire, c’est d’identifier les problèmes, les solutions et les ressources pour les régler. C’est ce que j’ai fait durant toute ma carrière professionnelle. Et je n’ai pas d’autres prétentions que de proposer aux Ivoiriens de sortir de la politique politicienne, du pouvoir pour le pouvoir et nous occuper du problème de l’école ivoirienne et du chômage des jeunes. Je leur propose mon expertise en matière de bonne gouvernance et de lutte contre le détournement des deniers publiques.
Est-ce que vous avez forcément besoin de rentrer dans la politique pour mettre ces compétences-là au service de votre pays ?
Au fait c’est quoi exactement la politique ? Si la politique c’est l’ensemble des procédés pour conquérir le pouvoir, l’exercer et le confisquer au détriment de son peuple, non merci je ne veux pas rentrer dans la politique. Parce que ça, c’est tout simplement de la sorcellerie et rien d’autre. Mais si faire de la politique c’est travailler, servir son pays de tout son cœur pour que son peuple soit heureux, pour que son pays devienne grand, alors là, rien, personne ne peut m’empêcher d’en faire.
Mais vous n’êtes pas politicien alors…
Je ne veux pas être politicien. Ce que je sais faire c’est de régler les problèmes. Quand je venais à la tête de la douane, j’entendais des clameurs dire : «qu’est-ce qu’il vient faire le petit informaticienlà où les vrais grands douaniers ont échoué ?» Ils ont été confondus pendant tout le temps que j’ai exercé à la tête de la douane. Parce que ce que je sais faire c’est de régler les problèmes. Je ne viens pas à la politique pour faire carrière et je ne veux pas qu’on me confonde avec les sorciers. Je viens pour régler le problème des Ivoiriens. Lorsque ce sera fini, j’irai faire autre chose.
Vous pourriez par exemple être un bon Premier ministre, parce que de ce poste-là, vous pourrez également régler le problème des Ivoiriens comme vous le souhaitez.
Si on me confie la primature pour cinq ans, je règle les problèmes des ivoiriens. Mais président dans notre régime présidentiel, c’est encore plus efficace.
Si le président Laurent Gbagbo fait aujourd’hui appel à Gnamien Konan pour occuper un poste et faire bénéficier de son expertise aux Ivoiriens, quel poste vous choisiriez ?
Aujourd’hui il y a deux postes qui m’intéressent : Premier ministre ou président de la République. C’est-à-dire un poste à partir duquel je peux régler les problèmes de gouvernance et de détournement de deniers publiques, de l’école, de transformation de nos matières premières pour créer des richesses, de chômage etc. appliquer les recettes que j’ai appliqué à la douane qui ne sont pas des recettes douanières seulement.
Dans les tous premiers jours de votre descente dans l’arène politique, vous avez organisé de grands meetings, on se rappelle le meeting de Yamoussoukro. Est-ce qu’aujourd’hui, cette flamme de mobilisation en vue des meetings existe toujours ?
Le meeting de Yamoussoukro nous a coûté 31 millions FCFA. Si vous me donnez 31 millions FCFA aujourd’hui, je fais mieux à Yamoussoukro, je fais mieux à Yopougon. Tous les jours je reçois des groupes constitués, de nouvelles adhésions. Je ne peux pas passer mon temps à faire des meetings tant que les Ivoiriens n’auront pas compris que le changement a un coût et que ça ne peut être l’affaire d’une seule personne. On ne peut s’asseoir toute sa vie, dans son salon pour refaire le monde. Je ne peux pas vaincre des gens qui ont géré, de la manière que vous savez, les caisses de l’Etat tant que les Ivoiriens n’ont pas décidé qu’il en soit autrement. Il faut que chacun accepte de faire sa part de sacrifice. Ils n’auront pas l’alternative que nous leur proposons tant qu’il n’y aura pas de soutien moral, matériel et financier. Ce sont trois millions d’américains qui ont fait Obama en mettant la main à la poche pour lui donner les moyens de se battre pour l’avènement d’une autre Amérique.
Dans l’une de vos notes de service affichées à votre permanence, vous avez indiquez que pour être candidat au poste de coordonnateur dans un département donné, il faut, entre autres être financièrement indépendant. Pourquoi forcément financièrement indépendant ?
Il faut être financièrement autonome parce qu’en Côte d’Ivoire il y a des personnes qui considèrent la politique comme leur gagne pain. Ils se disent Gnamien Konan était DG des douanes, donc il est milliardaire, allons-y. Il y a plein à bouffer. Ayant fait l’amère expérience de ces militants sans conviction, nous préférons prévenir pour ne pas perdre leur temps.
Pour ne pas médiatiser vos activités politiques, la RTI vous reproche votre statut de militaire et de fonctionnaire de l’Etat ivoirien qui n’a pas encore présenté sa démission. Est-ce que cet argument se justifie selon vous ?
J’étais récemment avec un très grand responsable d’une très grande société de la place qui me demandait ceci : «Gnamien Konan, est-ce qu’il ne t’arrive pas de vouloir aller vivre hors de la Côte d’Ivoire avec ta famille ?» Est-ce que c’est à la télévision qu’on dépose sa démission ? Quel est leur problème ? On leur demande une couverture médiatique pour une manifestation où 20 mille Ivoiriens seront présents. Conformément à leur statut de médias public, donc appartenant à tous les Ivoiriens, ils doivent le faire. Lors du procès des déchets toxiques, la RTI n’a pas dit « ah les douaniers sont des militaires, ce tribunal est civile, ce n’est pas normal nous ne pouvons pas couvrir ! ». Ou je suis candidat alors j’ai les mêmes droits que les autres candidats, ou je ne suis pas candidat alors j’ai les mêmes droits que tous les citoyens ivoiriens. Il y a encore trop de cadres en Côte d’Ivoire qui pensent qu’être fils d’un pays ça ne veut rien dire. Pour eux ce qui est important, c’est de préserver leur intérêt personnel. Leur ventre. Ils n’ont aucune conviction. Une honte.
Vous considérez cela comme une censure pure et simple que l’on vous fait subir alors ?
Je suis victime d’une censure pure et simple à la télévision. La démocratie à l’ivoirienne a encore de beaux jours. Est-ce que c’est à la télévision ivoirienne qu’on démissionne de la fonction publique ?
On pourrait se demander est-ce parce que vous n’avez pas participé aux différentes négociations sur la crise ivoirienne que vous êtes victime de ce que vous qualifiez comme une injustice ?
Oui, on a l’impression que c’est un championnat à trois. Ils se sont choisi des adversaires à leur portée. Mais, c’est la Côte d’Ivoire qu’ils ont prise en otage. C’est notre devoir de la libérer.
Il y a deux clans qui s’affrontent aujourd’hui, à savoir le RHDP et le CNRD ou si vous voulez la mouvance présidentielle et le RHDP. Est-ce qu’il vous vient à l’esprit de vous rallier à un camp ou de faire cavalier seul ?
Nous allons créer un parti politique dans les semaines à venir. Pour le moment nous avons à l’esprit de proposer le changement aux ivoiriens. Pour nous ces deux clans ne représentent pas le changement et la rupture avec le passé. Ils se disputent le trophée du meilleur houphouétiste et cela ne nous intéresse pas.
Quels sont les hommes qui sont autour de vous sur lesquels vous comptez vous appuyez pour mettre en place une organisation ?
Pour le moment c’est un mouvement. Il y a des cadres de l’administration ivoirienne et non des moindres qui sont tellement soucieux du devenir de leur pays qui soutiennent mes idées. Mais ils attendent que tout soit prêt, ils ont leur raison. Pour le moment je travaille avec ceux qui n’ont pas peur de mettre la main à la pâte.
Est-ce que Gnamien Konan a des réseaux qui travaillent pour lui sur le plan international ?
Ça aussi c’est l’Afrique. Est-ce que pour se faire élire en France on a besoin d’avoir des réseaux en Afrique ? En Afrique, on croit qu’on ne peut rien faire sans les autres. Si cinq millions d’ivoiriens votent pour moi, je suis élu. Et je me mets au travail que le président de la France me téléphone ou on.
Est-ce que dans votre stratégie, vous envisagez avoir de très bons rapports avec les partis politiques ?
Ce n’est pas la préoccupation de l’heure. Quelle stratégie pour libérer la Côte d’Ivoire de la gabegie, du chômage et de la mendicité institutionnelle, prise en otage par le BOG (Bédié-Ouattara-Gbagbo) ? Voilà notre préoccupation ! Le temps du partage viendra après les semailles et la moisson.
Vous avez été DG des douanes pendant plusieurs années et aujourd’hui, l’on constate qu’après votre départ, cette administration connait une baisse au niveau des chiffres. Quelles peuvent être les raisons selon vous ?
C’est vous qui le dites. Et je ne veux pas faire de commentaire sur la gestion de mon successeur. Mais nous n’avons pas travaillé pendant sept ans pour que les recettes baissent après sept mois. Mais si c’est vrai, je suis prêt à apporter un coup de mains.
Il est également fait cas du retour de certaines pratiques que vous avez eu à combattre, notamment la délivrance manuelle des quittances de paiement aux frontières. Est-ce que vous ne pensez pas que c’est aussi l’une des raisons ?
Avant de partir, j’ai laissé la douane dans deux conditions. Premièrement ; des procédures automatisées, deuxièmement ; un niveau de recette. Celui qui est là doit pouvoir expliquer à sa hiérarchie et aux Ivoiriens pourquoi il n’a pas dépassé ses recettes alors que chaque année, depuis 2001, elles augmentaient.
Mais l’Etat a supprimé des taxes qui gonflaient aussi les chiffres…
C’est pourquoi je vous ai dit tantôt, que je suis très mal placé pour savoir sur quelle quantité, quelle valeur portent ces exonérations. Et je ne sais pas si ça baisse effectivement. Mais si c’est le cas, c’est que quelqu’un a touché à quelque chose. Si quelqu’un a remplacé une procédure automatique par une procédure manuelle, ça peut expliquer la baisse. Si la hiérarchie constate qu’il y a une baisse inexplicable, elle peut procéder à un appel à candidature auquel, je voudrais les rassurer, je ne serai pas candidat.
Vous avez appelez de tous vos vœux l’unicité des caisses de l’Etat et il y a eu des actions dans ce sens mais aujourd’hui rien n’a abouti. Est-ce que vous pensez que c’est parce que les uns sont entrain de ruser avec les autres dans la mise en place de cette unicité des caisses de l’Etat ?
Je n’ai jamais utilisé la notion «unicité des caisses de l’Etat». C’est une notion que les gens ont créé pour noyer le poisson. Je leur ai dit deux choses : on a déjà un accord avec le Ghana pour empêcher que les marchandises non originaires de la CEDEAO puissent utiliser le port de Téma pour rentrer en Côte d’Ivoire. Ce qui nous a permis de sécuriser la façade est de notre pays. Celui qui est à Abidjan et qui commande sa marchandise, le chemin le plus court c’est le port d’Abidjan. Ce n’est pas le port de Téma. J’ai demandé de façon claire au gouvernement de nous appuyer pour qu’on ait le même rapport avec le Burkina Faso et le Mali. Parce qu’une marchandise venant d’Asie, d’Europe ou d’Amérique à destination de la Côte d’Ivoire, n’a rien à faire au Burkina Faso ou au Mali. C’est du bon sens. Les gens vont au Ghana, ils déclarent la marchandise pour le Burkina Faso et quand ils arrivent au nord de la Côte d’Ivoire, ils les font redescendre en contrebande. Deux douanes dans un même pays. Mais ici on privilégie toujours les problèmes politiques par rapport aux problèmes économiques. Et puis qu’est-ce que les douanes ivoiriennes peuvent elles aller chercher au nord sans désarmement et sans les autres forces de défense et de sécurité ?
Vous quittiez la tête de la douane dans la période du scandale des déchets toxiques. Deux ans après, quel jugement vous portez sur ce que l’on a qualifié de scandale écologique ?
On a tout dit : On ne savait pas que c’étaittoxique. Parce que nous ne sommes pas des chimistes. Parce que nous n’avons pas de laboratoire. Parce que la détermination de la toxicité des produits ne fait pas partie des missions de la douane. Après il y a des gens qui disent que les douaniers doivent monter sur les pétroliers et renifler les produits pour les refouler à partir de leur odeur.
Pendant ce temps celui, qui a fabriqué ces produits, qui est sensé en connaître la composition et les effets, qui l’a emmené chez nous, est hors de cause.
Nous, on était banni dès le départ. Seul le Dieu des innocents nous a épargné.
Depuis bientôt deux mois, l’opération d’identification et d’enrôlement des Ivoiriens en vue des élections est en marche. Est-ce que vous êtes satisfait de la manière dont elles se déroulent ?
Je voudrais profiter de cette occasion que vous me donnez pour lancer un appel aux Ivoiriens, notamment aux jeunes. Je sais que ici et là, on dénonce des incidents au cours de cette opération d’enrôlement. Mais je voudrais leur dire que c’est le seul fil que nous tenons pour le changement en Côte d’Ivoire. Malgré les incidents, je leur demande de faire tous les sacrifices nécessaires pour se faire enrôler. Ils ne doivent pas laisser passer cette occasion sous aucun prétexte. Il faut que tous les Ivoiriens en âge de voter, c’est-à-dire à partir de 18 ans se fassent enrôler. C’est le seul espoir que nous tenons pour le changement en Côte d’Ivoire. S’ils ne le font pas, on risque d’assister à la continuité, à la stagnation de la crise. Comme tout Ivoirien, je suis meurtri du fait que les fils d’un même pays ne puisse pas s’entendre pour changer tous les 5 ans les Institutions et pour permettre à ceux qui veulent servir leur pays et qui en ont la capacité puisse le faire. Ils ont pris la Côte d’Ivoire en otage. Je suis inquiet. Aujourd’hui c’est l’enrôlement qui captive toutes les attentions au point où on ne parle plus de désarmement. C’est comme si on avait fini par accepter les élections sans désarmement. Je me demande si ceux qui l’acceptent n’ont pas une idée derrière la tête. Parce que des élections sans désarmement seront contestables et contestées. C’est peut être leur souhait
Mais on évoque le manque de moyens pour effectuer le désarmement que vous appelez de tous vos vœux…
Chez nous, on a les moyens pour faire tout sauf ce qui est nécessaire. Qu’est ce que ça vaut la souveraineté quand on organise ses propres élections avec des dons pendant qu’on accepte de perdre 40 milliards d’impôts au nord du pays.
M. Gnamien Konan est-il marié ?
Y a-t-il pénurie de première dame en Eburnie ou quoi ?
Par Allan Aliali et Saint-Claver Oula