Interview du DNC du candidat Gnalmien Konan dans Notre Heure du Mercredi 17 Mars 2010
Albert Moro Kpangni, DNC du candidat Gnamien Konan : « Le cinquantenaire, c’est le délestage, la corruption généralisée, les concours payants à la fonction publique, le chômage massif des jeunes… »
Le RHDP a lancé suite à la double dissolution de la CEI et du gouvernement des manifestations sur tout le territoire national. On a cependant, pas durant cette période entendu la voix de l’UPCI dans cette affaire. Aujourd’hui avec l’accalmie quels commentaires faites-vous ?
Vous ne pouvez pas dire cela. L’UPCI a produit deux (2) déclarations, suite à cette affaire et d’ailleurs ces déclarations sont parues dans vos colonnes. L’une au début c’est-à-dire après les accusations de fraude à la CEI et l’autre pendant la période des manifestations d’une partie de l’opposition. Dans ces deux déclarations nous avons appelé les parties à la retenue, à l’apaisement et surtout à régler les différends dans le cadre des accords qu’ils ont eux-mêmes signés, c’est-à-dire dans le cadre permanent de concertation (CPC). C’est d’ailleurs, ce qu’ils ont fini par faire. Donc l’UPCI par voie de communiqué a parlé et le président du parti a également donné des interviews dans les journaux et à ONU-CI FM. Concernant les manifestations du RHDP, dans l’une de ses interviews, notre président a dit que c’est un droit constitutionnel de manifester et de marcher pourvu que cela ne crée pas de dommages.
Avec ces derniers événements, ne pensez-vous pas que la Côte d’Ivoire est prise en otage par le camp présidentiel et le RHDP ?
Il est communément admis que cette crise a pris en otage les populations. C’est une réalité qu’on ne peut pas occulter pour la bonne et simple raison que de report en report, l’on ne peut organiser les élections qui devraient se tenir depuis cinq ans. Nous sommes dans un cercle vicieux. On nous dit d’un côté qu’à cause de la guerre on ne peut pas travailler, on ne peut rien faire et on ne peut pas s’attaquer aux vrais problèmes de développement. Mais d’un autre coté, on observe qu’on ne fait pas suffisamment d’efforts pour organiser les élections en vue de mettre fin à cette crise. On a le net sentiment que les uns et les autres, c’est-à-dire tous les protagonistes, se complaisent dans la crise qui nourrit grassement une minorité dans ce pays. Nous devons aller aux élections, c’est un impératif et tous les partenaires extérieurs ne disent pas autre chose. Le président de la banque mondiale, le directeur général du FMI, le président de la BAD sont tous passés ici et ont invariablement demandé qu’on aille aux élections pour qu’on redevienne un pays normal enfin, mais en vain.
Les Ivoiriens connaissent depuis quelques mois, un nouveau phénomène/Le délestage. Comment expliquez-vous cette situation pour un pays qui produit de l’électricité ?
Comme disent les jeunes, c’est vraiment le « last » (Ndlr : le top, le comble) j’allais dire que c’est un comble mais enfin, y a-t-il quelque chose d’étonnant encore dans ce pays ? Je n’ai pas d’explications particulières autres que celles qui sont données à travers la presse par tous les sachants et tous les responsables en charge de ce secteur. Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous sommes retournés quelques décennies en arrière et nous vivons comme au village, avec le spectacle en plein Abidjan de jeunes filles transportant des cuvettes à la recherche d’eau potable. C’est désolant !
Peut-on parler là de négligence de la part de nos autorités ?
Que voulez-vous que je vous dise ? C’est peut-être une question de priorité pour ceux qui ont en charge ces questions, puisque j’ai suivi un débat il y a quelques jours sur TV2 où les responsables concernés ont laissé entrevoir que les investissements nécessaires dans le domaine n’ont pas été possible du fait de la guerre. C’est peut-être une question de choix car pendant cette période dite de guerre, il y a eu tout de même des investissements dans d’autres secteurs et le budget du pays a constamment augmenté. C’est pour toutes ces raisons que nous avons indiqué plus haut qu’il faut qu’on sorte de là par les élections parce que s’il faut en arriver là, après cinquante ans d’indépendance, avouons que c’est triste et même honteux pour les fiers Ivoiriens que nous étions.
Justement à propos de 50 ans d’existence, la Côte d’Ivoire est ou se prépare aux festivités marquant ses 50 ans d’indépendance. Un mot sur la question.
Bonne question ! Qu’avons-nous fait de nos cinquante ans ? S’interroge-t-on partout en Afrique francophone. Pour nous Ivoiriens, les cinquante ans d’indépendance c’est actuellement : le délestage, la corruption généralisée, les concours payants à la fonction publique, le chômage massif des jeunes, le coup d’Etat de 1999, le coup d’Etat manqué de 2002 et la rébellion, la division du pays en deux avec deux caisses et deux armées différentes, dix ans sans élection avec sept reports, les paysans pauvres, une école pourrie, etc. Les 50 ans, moi je les subdivise en deux périodes. Les vingt glorieuses, c’est-à-dire les 20 premières années, de 1960 à1980, où nos pères ont bâti ce pays et ont fait de très grandes choses positives. C’est sur ces acquis que nous avons vécus. Malheureusement, la génération actuelle est incapable d’assurer la maintenance de ces acquis. La deuxième période part de 1980 à maintenant, c’est-à-dire trente ans d’atermoiements, d’immobilisme et maintenant de régression. Depuis 1980, aucun investissement de grande envergure capable, capable de transformer l’environnement économique de ce pays n’a été réalisé. Et curieusement, pendant ces trente ans, nous sommes assistés dans tous les domaines, sans exception, par le système des nations unies. Plus le temps passe pour le pays, plus l’assistance extérieure se diversifie en se renforçant et plus on décline. Voilà le bilan. Le diagnostic, il est connu. Nous n’avons besoin ni de colloque, encore moins de fête en ces temps difficiles, pour le cinquantenaire. Nous avons simplement besoin de gens pour résoudre les problèmes qui sont connus pour que notre pays redevienne un pays normal. Je pourrais ajouter également que ce cinquantenaire, pour nous à l’UPCI, marque la fin d’un cycle, parce que la vie est faite de cycles, et un nouveau cycle doit commencer avec une nouvelle classe politique composées de gestionnaires usant des nouveaux moyens et outils de notre temps tels que les TIC. Notre pays a cruellement besoin d’un leadership politique et économique de type nouveau, tourné vers la résolution de problèmes concrets qui sont encore une fois connus.
Face donc à tous ces maux, délestage, chômage, école pourrie selon vos termes, corruption, que propose l’UPCI ?
Je me plais à souvent dire que nous avons le projet le plus cohérent et le plus réaliste. Parce que nous avons un leader, monsieur Gnamien Konan, qui a une qualité essentielle qui est celle de pouvoir et savoir identifier les vrais problèmes, les prioriser pour ensuite les résoudre. Le président de l’UPCI, en regardant la situation actuelle de la Côte d’Ivoire, a estimé que le premier problème que nous avons c’est l’emploi ou le chômage de nos concitoyens, surtout les jeunes. Et il n’a pas tort. Vous allez retourner la question dans tous les sens, vous vous rendrez compte que c’est le seul et unique problème si on ne devrait retenir qu’un seul. C’est le chômage des jeunes qui est la cause de tous nos malheurs. Si vous mettez les jeunes au travail, non seulement ils vont produire la richesse en qualité d’agents économiques, mais ils vont en plus s’occuper et tous les travers que nous vivons aujourd’hui disparaîtront. Donc, à l’UPCI, nous faisons de l’emploi la pierre angulaire, la clef de voûte, l’élément premier, en un mot la finalité, le but ultime de notre programme. Comment obtenir le plein emploi, comment faire des citoyens ivoiriens, des agents économiques ? Il y a des réponses à cette question essentielle que le président Gnamien s’évertue à expliquer à travers les piliers de son programme que sont : 1-la lutte contre la corruption, la gabegie et le développement du e-government ; 2-le développement de l’agriculture et de l’agro-industrie ; 3-la réhabilitation de l’école et la promotion de la recherche scientifique ; 4-la promotion du culte de la méritocratie et du travail. Voila les piliers essentiels de notre projet de société.
Je voudrais rappeler également que c’est le même procédé, la même méthode que M. Gnamien a utilisé quand il est arrivé à la tète des douanes ivoiriennes en 2001. Il a d’abord identifié les vrais problèmes de la douane qu’il a classés en six priorités et auxquels il s’est attaqué avec plusieurs solutions par problème. La suite est connue. La question de l’efficience des douanes est définitivement réglée dans ce pays, car au-delà des résultats connus de tous, des méthodes, des structures inédites, pour la plupart du cru de M. Gnamien, un état d’esprit et une culture, celle du résultat, ont été laissés en héritage dans cette grande administration d’Etat. Notre ambition, légitime, est de reproduire en grandeur nature, en les adaptant évidemment, les recettes expérimentées avec bonheur en douane. Ce ne sera que bénéfice pour tous.
Un mot sur notre équipe national le football ?
L’équipe nationale de football est à l’image de notre pays. C’est à dire un grand potentiel qu’on n’arrive pas à exploiter. Et un potentiel qui n’est pas exploité ne sert à rien. Au-delà de cela, je voudrais saisir l’occasion que vous m’offrez pour rendre hommage à deux messieurs, des pionniers, deux fous grâce à qui nous pouvons parler de potentiel aujourd’hui dans notre football. De mon point de vu, on ne le souligne pas souvent assez. Il s’agit de maître Roger Ouégnin et M. Jean Marc Guillou qui de façon privée et par passion sûrement ont créé une école de football et y ont formé des jeunes il y a quelques années, qui forcent l’admiration de tous, aujourd’hui, dans des grands clubs en Europe. Je le dis à dessein parce que c’est un exemple bien précis qui démontre que pour pouvoir obtenir quelque chose de sérieux, il faut à la base une formation, d’où la nécessité de reformer l’école. Je voudrais juste m’interroger. Puisque nous aimons tant et tous le football dans ce pays, pourquoi cette expérience si édifiante et révélatrice des privés n’a-t-elle pas inspiré les pouvoirs publics que sont l’Etat, les communes, les conseils généraux pour un encadrement et une formation de masse de tous ces jeunes oisifs dans diverses disciplines sportives ? Evidemment, on nous dira que c’est à cause de la guerre. Et pourtant, ça ne me paraît pas très compliqué lorsqu’on est préoccupé par l’intérêt général, car nous constatons que malgré la guerre, il ya un foisonnement d’école de football privées. L’argent existe donc quelque part.
Que pensez-vous du débat actuel sur le changement ou non des Commissions électorales locales ?
Sur cette question, et surtout sur le problème de la liste électorale, le parti a une position claire et précise que le président se fera fort d’exprimer à nos concitoyens comme il le fait habituellement. Je voudrais simplement ajouter que cette grande débauche d’énergies, ces trésors d’ingéniosité déployés par les politiques pour ces questions-là, s’ils servaient à s’attaquer aux vrais problèmes des ivoiriens, nous n’en seront pas là. Tout est question de priorité.
Interview réalisée par S.Bamba